Débats

Renouveler les pratiques de débat en classe avec la géographie expérientielle

Le débat consiste à organiser une confrontation d’arguments qui peuvent être contradictoires. C’est une pratique au fondement des régimes démocratiques. En classe, c’est un moyen pour amener les élèves à exprimer un point de vue au cours d’un échange encadré. La discussion porte sur une question controversée où chacun.e.s doit pouvoir s’exprimer. L’élève doit apprendre à argumenter son point de vue et, en même temps, écouter les arguments contradictoires qui peuvent s’exprimer. Central dans une éducation à la citoyenneté, le débat doit être un échange profitable à chacun.e et ne doit pas se réduire à un face à face tranché.

Cependant, dans les pratiques ordinaires en classe d’Histoire-Géographie le refus du politique domine ainsi qu’a pu le mettre en évidence F. Audigier (1995). Aussi, les débats et les oppositions qui sont ceux et celles des hommes et des sociétés lorsqu’ils parlent d’eux-mêmes, de leurs visions du monde, de leurs mémoires, de leurs territoires n’apparaissent que rarement dans les salles de classes.

Cet article se propose de présenter en quoi la géographie expérientielle permet de renouveler l’approche du débat, en réaffirmant les finalités civiques de la discipline qui participent alors à construire des dispositions à s’engager et à discuter dans la cité.


Pourquoi le débat est-il au cœur de l’approche de la géographie expérientielle?

Une séquence de géographie expérientielle comporte nécessairement une phase d’interaction qui intervient après l'immersion. En savoir plus sur la géographie expérientielle.

Elle consiste à identifier les pratiques spatiales en jeu dans l’immersion et à avoir un regard réflexif sur celles-ci. Cette phase nécessite des échanges entre pairs pour que les élèves puissent confronter leur expérience. Ils sont ainsi amenés à comparer, puis questionner et analyser les pratiques spatiales en jeu. C’est aussi un temps de réflexion méta-cognitif durant lequel les élèves questionnent la pertinence des arguments des uns et des autres et, se faisant, construisent un savoir.

Le débat dans l'approche expérientielle
Crédits : Cédric Naudet et Eliane Perrin, 2021

Cette phase peut donc prendre la forme d’un débat. Il peut être directement lié aux pratiques spatiales personnelles des élèves ou des étudiants. Dans ce cas, l’expérience repose sur ce que les apprenants disent faire dans l’espace (pratiques déclarées endogènes) ou bien sur leurs représentations spatiales. Elles peuvent être artificiellement créées par l’enseignant et elles sont collectives dans le cadre de sorties de terrain ou bien d’excursions.

Le débat peut être également lié à une expérience indirecte. Il ne s’agit plus du vécu des apprenants mais celui d’autres acteurs qui rapportent leurs pratiques ou leurs représentations spatiales dans leur discours. Ces pratiques peuvent aussi être simulées dans des jeux de rôles ou de simulation.


Comment le débat peut-il être un outil pertinent dans le cadre de la géographie expérientielle?

Plusieurs précautions doivent encadrer cette pratique pour qu’elle devienne un espace de confrontation des représentations des élèves ou qu’elle fasse émerger les points de vue mais aussi de confrontation aux points de vue d'autres acteurs:

Le débat se doit d’être ouvert et ne doit pas orienter les élèves vers une solution préétablie, à l’opposé donc des pratiques ordinaires de débat en classe (Doussot et Grandjean, 2014)

Ne pas invisibiliser les oppositions politiques qui pourraient émerger des visions divergentes des acteurs (Audigier, 1995)

Mettre en place dans la classe un véritable « débat scientifique » dont le professeur est le garant (Dollo, 2004). Il s’agit de faire pratiquer par les élèves les règles du champ scientifique telles qu’elles sont décrites par Bourdieu dans « Science de la science et réflexivité » (2001). Cette posture est alors de nature à montrer le rôle essentiel des controverses scientifiques dans la construction de la vérité.

Exemple de débat en classe de 5ème sur l'eau



Conclusion

Ce renouveau des pratiques par le débat permet de remettre les élèves en situation d’échange. La confrontation des points de vue offre les conditions d’un travail sur les dispositions des élèves à agir en citoyen. En simulant le réel pour mieux en dégager les possibles, la géographie expérientielle s’avère particulièrement pertinente si on a l’ambition de former des individus actifs dans les configurations sociales dont ils seront partie prenante. Penser les décisions localisées comme des enjeux de négociations entre des collectivités territoriales de différents niveaux, mais aussi avec des associations et des entreprises, devient un objectif nécessaire dans nos sociétés complexes et mondialisées.

Aussi s’agit-il d’apprendre à être vraiment acteur, de construire sa liberté, d’apprendre à discuter ses marges de manœuvres.



Pour aller plus loin :   

 Allieu-Mary, N. (2004). Argumenter à l’oral en Histoire-Géographie : entre possibles didactiques et enjeux sociétaux ?, Biennale de l'Education, Lyon, 2004.
Doussot, S. et Grandjean, J. (2014). Enseigner les sciences sociales pour éduquer le citoyen : une étude de cas sur l’histoire, la géographie et l’EDD, Éducation et socialisation. Disponible en ligne:  http://journals.openedition.org/edso/893.
Doussot, S. (2013). Géographie et développement durable à l'école : expertise ou citoyenneté scientifique ?, L'Information géographique, 77(3), p. 90-117, https://www.cairn.info/revue-l-information-geographique-2013-3-page-90.htm
Doussot, S.  (2011) Des savoirs disciplinaires au service de l’Éducation au développement durable? Un cas en formation d’enseignants, Education Relative à l'Environnement, p.119 - 140. Disponible en ligne : https://www.revue-ere.uqam.ca/PDF/volume11/11-6.pdf

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